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Espérance…
« Cette petite fille de rien du tout, portant les autres, qui traversera les mondes révolus » écrivait Charles Péguy dont les frères Tharaud
, dans la biographie qui lui est consacrée, disaient : On ne peut pas être plus du peuple que ce fils d’une rempailleuse de chaises d’Orléans. Il en était fier. Il est peuple, il est resté peuple, avec toutes les délicatesses du peuple de France, son idéalisme et ses défiances, son intransigeance intellectuelle tempérée de malice gouailleuse, son esprit à la fois conservateur et révolutionnaire..Quelle espérance devant un système où 2% de la population mondiale possède 50% des richesses, et où 50% se partagent 1% ? Quelle espérance à partager en Europe dans une vraie communauté de destin ?
Il y a même désormais quelque chose de brisé en France qui a mis à mal l’espérance.

53% d’abstentionnistes au 1
er tour, 49% au 2nd 
17% pour le FN dans les 12 régions où il est présent au 2
nd tour
Nous avons échoué à parler au peuple, du peuple.
Pourquoi constate-t-on une désaffection si profonde pour la politique ? Nous, responsables de formations politiques, avons gaspillé le capital d’espoir dont nous étions porteurs. La crise économique s’aggravant et les temps se faisant plus durs, le rejet de la « classe » politique s’est agrandi, car elle s’est montrée incapable d’avancer des solutions concrètes et de garantir la cohésion de la société, ce qui est pourtant sa mission première. Ce manque de réponses face à l’angoisse devant un avenir imprévisible, à l’inquiétude devant des bouleversements apparaissant comme menaçants a conduit les citoyens à déserter les urnes ou à se tourner vers ceux qui exploitent les peurs, peur de l’autre, du changement, de l’avenir, qui les exacerbent et en font leur fonds de commerce. Ajoutons à cela le spectacle pitoyable de grandes déclarations solennelles et de petites phrases perfides emplissant les colonnes des journaux et encombrant les écrans, le cirque de l’Assemblée Nationale où quelques dizaines de députés se conduisent comme les voyous qu’ils dénoncent, les écuries présidentielles et les tests de sélection pour préparer la seule course qui vaille celle de l’Elysée…

Hommes politiques pleins d’assurance et gonflés de certitudes ayant réponse à tout sauf aux questions qu’on leur pose, sauf aux préoccupations des Français, sauf aux problèmes du pays, courtisans virevoltant à la recherche de postes ou de faveurs, réactions stéréotypées des porte-parole de la majorité ou de l’opposition, débatteurs préparant avec force conseillers la formule assassine et feignant de s’étonner que les médias ne retiennent que cela, quadras voulant envoyer à la casse les vieux en bousculant les pratiques et les idées, mais qui rentrent dans le rang pour un mandat supplémentaire, affaires, scandales éclaboussant vrais ou faux « coupables »…
tout cela ne serait pas bien grave si dans le même temps le chômage ne cessait d’augmenter, si chaque année près de 150 000 jeunes ne quittaient le système scolaire sans aucune qualification, si les conditions de vie dans certaines banlieues ne se dégradaient de jour en jour, si le nombre de pauvres et d’exclus ne s’accroissait dramatiquement. La démocratie ne peut fonctionner correctement s’il n’y a pas un minimum de confiance et de respect dans les relations entre les citoyens et les élus. Quand l’incompréhension est aussi profonde qu’aujourd’hui c’est aux politiques qu’il appartient de réagir. En changeant leur comportement, dans tous les cas où il est répréhensible. Mais aussi en faisant davantage confiance aux citoyens et en les respectant davantage, et surtout en lui tenant en toutes circonstances le langage de la vérité.
Dire la vérité ce n’est pas simplement refuser de promettre la lune, c’est ne pas dire que les électeurs ont raison quand on pense qu’ils sont dans l’erreur, ne pas les conforter dans leurs préjugés, ne pas les encourager à se laisser dominer par des sentiments pas forcément nobles, c’est prendre le risque de déplaire.
Habituellement les campagnes électorales donnent lieu à une sorte de défoulement collectif, pendant ces temps forts de la vie démocratique, le cœur de la nation bat avec une intensité particulière, mais cette fois rien de cela. Cette campagne terne et tardive a révélé l’humeur maussade des Français, le déchirement du tissu social.
Fatigués des promesses et des coups durs, humiliés par l’attitude des gouvernants, les électeurs, mieux les votants ont reconduit les majorités de gauche à la tête des Régions, sans passion, sans enthousiasme. Nous n’avons pas su proposer des orientations claires qui auraient amené ceux-ci à voter pour nous, à nous manifester leur confiance comme ils avaient su le faire il y a bientôt 3 ans.
Nous devons retravailler à comprendre les aspirations de nos concitoyens, à faire preuve d’écoute, mais aussi à continuer de porter un certain nombre de valeurs : liberté, justice, solidarité, responsabilité, en donnant un contenu concret à ces mots. Souvent ils peuvent paraître usés, prononcés machinalement, pourtant ils n’ont rien perdu de leur force d’attraction, de leur capacité de mobilisation, ils représentent toujours un objectif à atteindre ou à maintenir, une espérance.

Fabienne Faure