Copenhague: On entre dans les arrêts de jeu!

Du 7 au 18 décembre prochain, l'Europe a un rendez-vous historique avec l'ensemble de la communauté internationale. 12 ans après le Protocole de Kyoto (1997), et suite à une période certes riche en discours mais pour le moins décevante en termes d'engagements et de résultats, nous sommes en passe de planifier – pour l’après 2012 - l’action du monde contre le processus de changement climatique.
L'ultime occasion pour nous, Européens, de métamorphoser nos stratégies, nos acteurs et nos moyens face à ces défis écologiques de premier ordre.

Accélérer "énergiquement" les processus engagés afin de joindre concrètement la démonstration par des actes collectifs à nos arguments.

Grande priorité : l'efficacité énergétique. Trop souvent oubliée, la sobriété et de l'intelligence collective face aux divers gaspillages sont les moyens de réduire la facture énergétique payée par les citoyens européens d’aujourd’hui et de demain.
Cet enjeu illustre un paradoxe inacceptable : le problème grandit, alors que les solutions technologiques existent :
Qu'il s'agisse du ferroutage (projet Lyon-Grenoble-Turin), du tunnel ferroviaire sous le Montgenèvre (entre la France et l'Italie), du rail à grandes vitesse (pour l’arc méditerranéen, puis les ouvertures vers l’Est), du tramway, des voies fluviales et maritimes (bateaux grande vitesse), la révolution de la mobilité européenne, ce n'est pas pour 2040, nous en avons besoin maintenant!
Dans le même sens, qu'avons nous à perdre à diviser par deux le nombre des ampoules sur la voie publique? C'est simple, sans incidence, il faut donc le faire!
Eco-construction contre bétonnage urbain, valorisation verte des déchets contre incinération… il faut changer nos automatismes; rien n'est figé.

Remémorons-nous le rapport Brundtland.

Celui-ci définissait le développement durable comme étant un ensemble de défis, des plus géopolitiques aux plus élémentaires.
C'est cette manière précise de penser la chose écologique, que nous devons cultiver à Copenhague.
Et tenons un langage de vérité aux peuples: la solution ne viendra ni de l'importation du gaz de l'Azerbaïdjan, ni de l'énergie solaire du Sahara.
Elle viendra uniquement de notre capacité d’innovation, ainsi que de notre volonté à nous changer, jusque dans nos cultures et nos certitudes

Par exemple : changeons nos rapports aux déplacements. Cessons de considérer qu’un produit transporté sur 100.000 km a le même prix que le même produit transporté sur 10 km. La différence ?
Selon le mode de transports utilisé, la facture énergétique explose… au détriment de la collectivité, non pollueuse mais payeuse.
C'est bien de proximité et de décentralisation dont nous avons besoin pour gagner le défi de l'autonomie énergétique, si essentiel à l'Ouest comme à l'Est de l'Europe à l’aube de ce siècle.
Que je sache, le soleil brille aussi chez nous et nos vents marins sont aussi puissants qu'ailleurs!
Pourquoi sommes-nous alors si peu pourvus en énergies renouvelables alors que nos bâtiments scolaires et administratifs, nos zones commerciales et industrielles, tout comme les zones désertiques non-agricoles sont des espaces disponibles pour intégrer les panneaux photovoltaïques de nouvelle génération.
Tout ceci doit être fait avec bon sens. On n'est pas obligé d'installer des milliers d'éoliennes à proximité de sites environnementaux remarquables…

Nous avons besoin de plus de proximité, de plus de décentralisation, de plus d’innovation… mais surtout, de plus d’implication de la part des acteurs publics.
Du reste, les eurodéputés démocrates continuent de déplorer l’absence de plan de relance réellement européen, absence qui démontre toute l’étendue des carences de l’Union dans ce domaine.

Au-delà des éléments contextuels, c’est bien la réduction des gaz à effet de serre qui constitue la problématique centrale de Copenhague.

Changer les cultures, les pratiques, les comportements collectifs… très bien. Mais Copenhague doit apporter des réponses précises, à des questions qui le sont tout autant.
Par exemple, en ces temps de déficits budgétaires croissants, le moment n’est-il pas venu de s'interroger sereinement sur la place du nucléaire en Europe et dans le Monde ?
Ces milliards d'euros distribués pour la construction des réacteurs EPR, pourtant si prolifiques en déchets radioactifs… à quoi ont-ils manqué ?
A la recherche fondamentale, histoire de trouver enfin une solution au problème des déchets nucléaires (la « génération 4 » de réacteurs ?) ; aux énergies renouvelables, pour leurs applications technologiques dans nos quotidiens.

Les enjeux climatiques ne sont pas objets de dogmes.

Tant que l’action des Etats membres est sincère et engagée, l’Union peut fixer des objectifs différents aux uns et aux autres selon les réalités économiques, sociales et infrastructurelles du pays.
Faire bénéficier à la Pologne de dérogations, alors qu’elle est profondément ancrée dans l’industrie du charbon ? Pourquoi pas ! A condition que ces dérogations permettent à la Pologne d’en sortir progressivement.
Demander un peu plus d’efforts aux Etats membres qui sont plus avancés que les autres ? Absolument d’accord, la France en tête.
Contribuer à la hauteur de ses possibilités : c’est cela la méthode du développement durable !

Mais par-dessus tout, fondamentalement, Copenhague peut être ce supplément d’âme qui manque tant à l’Europe d'aujourd’hui ; une occasion de renouer avec la confiance des citoyens, par le bon sens.

Par exemple, il est clair que l’industrie automobile européenne ne peut plus maintenir sa structure actuelle.
Il faut repenser en urgence les concept-cars, les outils et les processus de production, les partenariats avec la Recherche européenne, les objectifs économiques et sociaux, l’organisation du travail… Les gens sont prêts à entendre cela. Mieux, ils savent déjà que ces efforts doivent être reproduits dans tous les secteurs industriels : la chimie, l’agroalimentaire, l’énergie, le bâtiment…


Tous ces engagements nous permettront d'être en position de force à la table des négociations internationales, pour y trouver des consensus constructifs.
Ainsi, pour ne pas achopper sur les questions de financement, nous avons porté au Parlement européen, au sein d'une coalition "arc-en-ciel ", l'idée d'une taxe « Tobin » pour le financement des énergies renouvelables dans les pays du Tiers monde.
Dans le même esprit, l’existence d’un marché de droits à polluer n’interdit pas l’existence conjointe d’une fiscalité verte internationale.
Surtout, elle n’interdit pas l’Europe de penser à une autre régulation pour ce marché pour le moins… « singulier ».
Parmi les autres mesures urgentes qu’il nous faut absolument soutenir, l’inclusion des grands principes du développement durable (principe de précaution, principe pollueur-payeur, transparence...) dans le corps des règles et des pratiques de l’OMC est certes une vieille revendication, mais sa réalisation devient aujourd’hui impérative.
La réflexion de l’OMC sur ces problématiques est désormais suffisamment avancée dans le temps :
le droit international du commerce doit évoluer, et Copenhague est l’occasion rêvée pour les Etats d’en formuler le vœu.

Semaines après semaines, scientifiques, cinéastes, journalistes spécialistes nous alertent que nous entrons sur le plan international, comme européen dans les arrêts de jeu.
Ils ont raison! Nous sommes face à l'impératif de "Buts" et plus que jamais, devant la nécessité d'exiger de bons arbitrages.